Quoi de mieux que de commencer par un titre avec une grosse faute, histoire de bien marquer les esprits et de capter tout le monde. Tout un programme sur fond d’incompatibilité lexicale. J’adore ! Avant de rentrer dans le vif du sujet et de vous expliquer pourquoi j’ai choisi ce titre, je vais me présenter rapidement. Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas encore, je m’appelle Julie. Je suis psychologue du travail et du sport, préparatrice mentale et praticienne en ACT thérapie à Nantes. Oui je sais, c’est long et on ne comprend pas ce que je fais. J’en suis à un stade où, moi-même, j’ai la flemme de répondre quand on me demande ce que je fais dans la vie. Mes activités sont nombreuses et variées. Pour la faire courte : je partage mon temps entre le conseil aux entreprises, principalement sur des sujets de recrutement, avec ma casquette de psychologue du travail et l’accompagnement individuel de personnes qui sont en recherche de performance et d’alignement dans leurs différents projets : sportif, professionnel et/ou personnel. Il s’agit bien souvent d’athlètes mais aussi de dirigeants, de collaborateurs en reconversion, d’entrepreneurs, d’étudiants et de bien d’autres profils en réalité.
Le thème de ce premier article est davantage en lien avec mon activité d’accompagnement auprès des particuliers. Néanmoins, je pense qu’il peut résonner chez tout le monde. Je me suis rendue compte, aussi bien en consultation, qu’en entreprise ou dans le milieu sportif, que ce sujet est universel. En ce qui me concerne, je le travaille quotidiennement. Alors de quoi allons-nous parler aujourd’hui ? Je vais aborder avec vous ce qu’on appelle, en préparation mentale, le discours interne. Le discours interne, c’est la manière dont vous interprétez ce qui vous arrive. Il s’agit, tout simplement, de vos pensées : ce qui vous berce à longueur de journée, à petit feu et qui finit par vous mettre dans tel ou tel état d’esprit. Ma formatrice en ACT l’appelle : « radio mental FM ». Vous savez, cette radio qui tourne en fond sonore tout le temps, sans même qu’on s’en rende compte la plupart du temps.
Afin de vous donner quelques pistes pour améliorer votre discours interne, je vais me servir d’un exemple très précis. Depuis des mois (des années en réalité), on me dit : « Julie, il faut que tu communiques sur ton activité » ; « Julie, il faut que tu écrives des articles pour le référencement de ton site » ; « Julie, il faut que les gens entendent ce que tu as à dire » ; « Julie, il faut que tu sois présente sur les réseaux sociaux » etc. Finalement, j’entends ce genre de discours depuis que j’ai lancé mon activité, il y a plus de quatre ans désormais. Toutes les personnes qui me disent ces choses-là sont des proches, des gens que j’aime et qui m’aiment. Ils ne veulent que mon bien et aussi que ma vision soit partagée au plus grand nombre. Je sais que leurs intentions sont bonnes et, sans parler de la forme, dans le fond ils sont plutôt dans le vrai. Alors, d’après vous, pourquoi j’ai mis autant de temps avant de réaliser ce premier article ?
Tout simplement, parce que je ne m’étais pas appropriée la démarche. Dans ma tête, je suis restée dans le « il faut que » communiqué par tous ces gens. Il est important de préciser que je suis une personne qui ne vit pas très bien la contrainte. Donc, le fait d’employer « il faut que » va immédiatement me couper toute envie de le faire ; voire même me donner envie de faire l’inverse, certainement par provocation ou rébellion, je ne sais pas. En tous cas, ce n’est pas très fonctionnel. Et en admettant que cette stratégie marche de temps en temps, l’utilisation du « il faut que » va tout de suite m’amener un sentiment d’obligation et donc provoquer de la tension mentale et physique ; ce qui ne va clairement pas m’aider dans la réalisation de ma tâche ou de ce que j’ai à faire. Alors maintenant, à chaque fois qu’on me dit cette phrase, je n’ai qu’une envie (et c’est souvent ce que je fais), c’est de répondre : « alors déjà, il faut que rien du tout » ! Voilà. On va partir de là.
J’ai envie de revenir au point de départ de l’histoire : lorsque j’ai étudié le discours interne pendant mon DU en préparation mentale et psychologie du sportif à Lille, nos enseignants nous ont expliqué qu’il était bénéfique d’utiliser des formulations positives qui motivent, du genre : « J’ai envie de faire un gros service » ; plutôt que d’amener de la pression supplémentaire avec des tournures négatives du type : « Il faut absolument que je passe ce service ». Ma réaction interne immédiate : « Bah oui, c’est logique. On va chercher du positif pour que ce qu’on souhaite se réalise. C’est la même chose pour la fixation d’objectifs. Normal ». Du coup, dès que j’abordais le discours interne avec mes patients, je leurs transmettais cette règle. Je leur précisais que s’il y avait « je dois » ou « il faut que », on était plutôt dans des pensées négatives, que dans du discours interne positif. Jusqu’au jour où j’ai réalisé que, moi-même, je ne suivais pas les indications que je donnais à mes patients. Et oui, vous êtes au courant, ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés !
D’un coup, j’ai capté que ma vie n’était rythmée que par un enchaînement de « il faut que ». Je vous expose une de mes journées type à l’époque, juste pour que vous vous rendiez compte. Le réveil sonne et c’est parti : « Il faut que je me lève. Il faut que je mange. Il faut que je me brosse les dents. Il faut que je m’habille. Il faut que j’y aille. Il faut que je me magne » etc. Je vous épargne le reste de la journée parce que, déjà, c’est quand même très chiant et je pense que vous avez compris l’idée. Petit aparté : après on s’étonne d’être sous pression ou en stress ! Alors là, à ce moment de l’article, il se peut que vous soyez en train de vous dire : « mais attends, c’est quoi cette psy ? Elle est complètement fêlée la meuf » ? Et bien je suis juste une psy honnête, qui ne prétend pas être meilleure que qui que ce soit. Toutes et tous, on fait face à des difficultés. Oser en parler c’est déjà s’aider soi-même et aussi aider les autres à décomplexer et à s’occuper de leurs propres travers. Donc moi je suis pour !
Maintenant que c’est dit, revenons à ma succession de « il faut que ». En réalité, qu’est-ce qu’il se passerait si je ne le faisais pas ? Est-ce que tous les gens que j’aime seraient aspirés par un trou noir de la taille d’une cacahuète ? Bon, je ne suis pas Einstein, mais sur ce coup-là, je ne crois pas quand même. C’est super important de remettre les choses en perspective. On va en reparler un peu plus tard dans cet article. Pour l’instant, sachez que cette prise de conscience dont je viens de vous parler, elle est primordiale. Dans tout travail psy ou mental, c’est indispensable d’ouvrir les yeux avant de pouvoir envisager de fonctionner différemment. A noter que, parfois, c’est douloureux de se rendre compte ! Donc, on prend le temps de digérer. On percute à quel point on ne s’aide pas dans son quotidien. On hallucine de combien de fois on peut se le dire par jour. D’ailleurs, d’après vous, combien de fois vous vous dîtes « il faut que » dans une journée ? Pour vous aider à réaliser, vous pouvez demander à vos proches de vous le faire remarquer. En effet, si vous le dites régulièrement, il y a de fortes chances que vous le pensiez encore plus de fois dans votre tête. Moi, très souvent, je le souligne à mes patients qui me répondent quasiment tous : « Ah bon ? Je l’ai dit là ? Je ne m’en suis même pas rendu compte » ! Alors, n’hésitez pas à vous aider entre amis, entre collègues, entre coéquipiers, peu importe. Rendez-vous compte. C’est la première étape nécessaire à tout changement.
Avant de passer à la suite, je pense que c’est le bon moment pour faire un petit rappel : « il faut que », c’est le verbe falloir. C’est un opérateur modal de nécessité. Comme tous les verbes de mode, il est fortement lié à nos croyances. Nos croyances qui, par définition, peuvent être vraies ou fausses, réelles ou imaginaires. Bien souvent, l’origine du « il faut que » a complètement disparu, noyée dans nos propres croyances. C’est ce qu’on peut appeler une origine perdue. Finalement, qui vous dit qu’il faut que ? Posez-vous la question ! Est-ce que c’est vraiment vous ? Est-ce que c’est la société ? Ou encore vos parents ? Votre entraîneur ? Votre manager ? Et à nouveau : qu’est-ce qu’il se passerait si vous ne le faisiez pas ? Quand vous remarquez un « il faut que » dans vos pensées, je vous invite déjà à prendre de la distance avec cette injonction en vous posant ces quelques questions toutes simples.
Ensuite, l’idée c’est de trouver une autre façon de vous le dire, de réinterpréter ce qui vous arrive. Pendant que votre cerveau est en train de chercher une autre formulation, il n’est déjà plus dans le « il faut que ». Vous le mobilisez à trouver une meilleure optique, une meilleure perspective, plus positive, plus adaptée pour vous dans cette situation. En ce sens, c’est de l’énergie et de l’attention qui sont bien mieux dépensées qu’en se disant juste : « il faut que ». L’idée c’est vraiment de changer votre approche, votre angle de vue et votre façon de voir les choses. C’est ce qui va vous permettre d’aller chercher une boucle vertueuse. Je vous partage un exemple très personnel qui a été un déclic pour moi. Je suis dans mon canapé et l’heure de mon entrainement approche. Donc : « Julie, il faut que tu fasses ton sac » ; « il faut que je fasse mon sac » ; « meuf t’es à la bourre maintenant, il faut vraiment que tu fasses ton sac là ». Constat : je me suis répétée cette phrase au moins une dizaine de fois, sans que cela ne me fasse bouger de mon canap’. Du coup, je me suis dit : « Bon, Julie, trouve autre chose parce que là, à l’évidence, ça ne fonctionne pas » ! Je vous partage ce qui est ressorti : « En vrai meuf, t’aimes ton sport, t’aimes t’entrainer, t’aimes tes copines de volley, à chaque fois ça te fait un bien fou, alors lèves tes fesses, vas faire ton sac et vas kiffer ton entrainement » ! Je vous assure que, dans la seconde, j’étais debout en train de préparer mes affaires. Comprenez bien que la façon dont vous abordez une situation change absolument tout ! Alors, avec nos pensées, mettons-nous dans les meilleures dispositions.
Quand j’aborde ce sujet de la reformulation ou de la réinterprétation, souvent mes patients me répondent : « C’est bien beau tout ce discours, mais qu’est-ce que je peux me dire quand je dois vraiment faire quelque chose alors ? Parce que parfois je suis vraiment obligé(e). Par exemple : ‘il faut que j’aille chercher les enfants à l’école’. Je n’ai pas le choix. Il faut bien que je le fasse ». Alors déjà, ce n’est pas moi qui vais trouver pour vous. Le discours interne c’est très individuel. Ce qui va marcher pour moi, ce qui me motivera moi, ne fonctionnera pas forcément pour vous et inversement. En plus je l’ai déjà dit et je le répète, le fait de chercher vous sort déjà du « il faut que ». Alors, cherchez ! Bon, l’idée quand même, dans ce genre de situations, c’est de dézoomer. A une époque, vous avez fait un choix. Vous avez fait le choix d’avoir des enfants. En prenant cette décision, vous avez accepté l’idée de vous occuper de vos enfants et par extension d’aller les chercher à l’école. Sachez que les contraintes qu’on peut ressentir dans une situation accompagnent souvent quelque chose qu’on a voulu au départ. A la base, c’est votre décision, votre choix, alors revenez à cette volonté initiale. Et puis sachant, qu’effectivement, vous avez quelque chose à faire et que vous allez le faire dans tous les cas, est ce que vous avez réellement besoin de vous en rajouter avec ce foutu « il faut que » ? Je veux dire, quitte à le faire, est-ce qu’on ne pourrait pas essayer de se rendre la vie un peu plus douce ? Faites-le, tout simplement, avec sérénité et alignement plutôt qu’avec contrainte et pression. Rappelez-vous bien que lorsque vous êtes dans le « il faut que », vous subissez. Alors, apprenez à embrasser vos choix et les conditions qui les accompagnent ; qu’ils s’agissent des avantages et aussi des inconvénients. On arrive à la fin de ce premier chapitre et la chose que j’ai vraiment envie que vous reteniez c’est de privilégier le fait de choisir et de décider, plutôt que de subir et de vous forcer.
J’espère sincèrement que cet article vous aura donné envie de commencer à vous occuper de votre discours interne et de vos pensées. Surtout, restez sympa avec vous-même. Parce qu’au début, quand on commence à se rendre compte, on a vite fait de se blâmer ou de s’agacer. Je le sais, je suis passée par là : « Ro, mais ce n’est pas vrai je l’ai encore dit ! » ; « T’as vraiment un problème meuf ce n’est pas possible » ! Et nous voilà retombé(e)s dans des pensées négatives. Franchement, je ne sais pas d’où viennent ces habitudes de mal se parler ou de mal se présenter les choses. En tous cas, ce qui est certain, c’est que des pensées négatives, il y en aura encore. Moi j’en dis encore des « il faut que », même après des années de travail ! Beaucoup moins, certes, mais j’en dis encore. Et ce n’est pas grave en fait ! Je travaille encore plus mon discours interne et je me dis que chaque « il faut que » en moins, c’est un pas en plus. Chaque changement positif, même minime, est bon à prendre ! Et puis Rome ne s’est pas faite en un jour. Alors allons-y ensemble avec patience, envie et bienveillance. D’ici la prochaine fois, prenez littéralement soin de vous.
Bye.